Défendre l’intérêt général ou le bien commun ?

Dans l’idéal, les politiques, c’est à dire étymologiquement ceux que nous choisissons pour gérer et servir notre cité, doivent être les défendeurs de l’intérêt général. Mais est-ce que servir l’intérêt général est une gageure contre l’injustice sociale, l’exclusion, la pauvreté ? Est-ce que servir l’intérêt général est suffisant pour garantir une gouvernance bienveillante  ?

1- Servir l’intérêt général, c’est bien, mais insuffisant. L’intérêt général représente la somme d’intérêts particuliers. Par exemple, au nom de l’intérêt général (pour  nourrir toute la planète et pour augmenter les rendements agricoles) nous avons donné, de fils en aiguilles ou plutôt de graines en boutures, à des entreprises privées comme Monsanto, le patrimoine génétique du vivant. Au nom de l’intérêt général (pour sauver l’industrie d’après WWII) l’utilisation massive des pesticides et des engrais a été financée par les politiques agricoles des pays occidentaux, provoquant pollutions et empoisonnements massifs. Au nom de l’intérêt général, les armes nucléaires prolifèrent, les citoyens sont priés de surconsommer, les immigrés sont refoulés à la frontière turque etc.
C’est terrible mais l´intérêt général semble surtout servir les intérêts de quelques-uns, qui n’ont, eux, aucune appétence pour la philanthropie et qui participent activement au développement de l’exclusion, l’injustice, la pollution et la société de consommation.

Et ça c’est vraiment très embêtant. Mais alors vraiment.

2-La notion de bien commun est utilisée depuis quelques années un peu à tort pour désigner l’intérêt général . Or ce n’est pas du tout la même chose. Le bien commun représente la création dans toute sa dimension anthropologique, c’est à dire bien évidemment la nature : l’eau, la terre, l’air, le vivant mais aussi tout ce qui participe à la dignité de l’homme, c’est à dire la liberté, l’égalité, la fraternité, la créativité, la vérité, la justice. Quelqu’un qui défend le bien commun, sert l’intérêt général mais pas que.

Par exemple, prenons un chef d’entreprise qui gère sa société selon les principes du bien commun. Bien évidemment, il sert l’intérêt général de son entreprise. Et en plus,

– les richesses qu’il dégage de son entreprise, seront partagées par tous, de façon JUSTE : lui-même, ses collaborateurs, ses actionnaires, sa cité. Ce qui est grosso-modo déjà actuellement pratiqué grâce aux impôts et taxes sur les entreprises, mais de façon très injuste puisqu’au nom de l’intérêt général, les grandes multinationales ont la possibilité, légalement, de ne pas payer d’impôts sur leurs bénéfices, et donc de ne pas participer à la vie de la cité dont elle tire profits.
ET que
son activité ne doit pas porter préjudice à l’environnement, à l’homme, à la liberté et à la justice. Ce qui est encore rare malgré les efforts louables de quelques-uns et les nombreuses initiatives épiphénomènales quand même. Citons en vrac : l’économie circulaire, la Responsabilité Sociale des Entreprises, la norme 26000, les entreprises sociales et solidaires etc

Le bien commun est porteur de valeurs de partage, de vivre ensemble et d’inclusion. Servir le bien commun ne peut pas être géré par le seul intérêt général. Le défi à relever pour nos dirigeants est d’inclure une dimension anthropologique dans leur projet et leur vision du monde.

Ainsi une entreprise ou un homme politique qui ne remet pas l’homme au cœur de ses préoccupations restera au service de l’argent et du pouvoir. Et ça, franchement, on n’en veut plus. 

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